L’étrangère

Affiche du film "L'étrangère"

Affiche du film "L'étrangère"

J’avais entendu parler de ce film plusieurs fois récompensé, lu de bonnes critiques, mais pas eu l’occasion d’aller le voir à sa sortie. Il faut dire aussi que peu de cinémas le proposaient. C’est en lisant cet article « coup de coeur » sur Popmovies et donc sur conseil de son auteur que je suis allé le voir, profitant des séances de rattrapage de l’UGC Orient Express. J’en suis sorti bouleversé, et n’ai vraiment pas regretté le déplacement.

Umay (Sibel Kekilli) et son fils Cem (Nizam Schiller), obligés de fuire un mari/père violent et une famille trop attachée à ses principes

Umay (Sibel Kekilli) et son fils Cem (Nizam Schiller), obligés de fuire un mari/père violent et une famille trop attachée à ses principes

Le film débute dans la rue. Nous sommes visiblement en Allemagne, et nous suivons une jeune femme, qui marche en tenant par la main un petit garçon, son fils. Un jeune adolescent qui les suivait arrive à leur hauteur, et interpelle la jeune femme. Les trois personnages se connaissent et poursuivent leur marche ensemble. C’est alors que le jeune homme sort un revolver et le braque sur la femme. La caméra se détourne, un coup de feu retentit, puis nous revoyons le jeune homme à l’arrière d’un bus qui s’éloigne, comme affolé, les yeux embués et braqués sur une scène que l’on ne voit pas, mais que l’on imagine sanglante… Effet de transition, et nous retrouvons la même jeune femme, dans un hôpital, en pleine consultation. On comprend rapidement qu’elle se fait avorter, seule et dans le secret. Lorsqu’elle en sort, elle saute dans un bus et on découvre un tout autre décor : nous sommes maintenant en Turquie, et on retrouve le petit garçon de la scène initiale, en compagnie d’une autre femme, tout deux patientant à l’arrêt de bus où la jeune femme descend. Umay retrouve ainsi son fils Cem, et cette femme qui semble être sa confidente et avait pour mission de garder le petit garçon pendant la courte hospitalisation. Lors du repas de famille qui s’en suit, une question innocente de Kemal, le père de Cem et mari d’Umay, sème le trouble. Le père comprend que sa femme a fait quelque chose en secret – il ne sait pas quoi – et que son fils a participé de près ou de loin au mensonge. Kemal entreprend alors de punir, corriger son jeune fils, et son regard envers Umay ne laisse présager rien de bon pour elle. Les protestations plus ou moins timides des autres membres de la famille (dont la mère de Kemal) nous font comprendre que l’homme est de nature violente, et doit s’en prendre souvent à ses proches. En quelques minutes, le décor est planté. On comprend qu’Umay vit dans sa belle-famille, avec un mari violent qui semble aimer sa femme et son fils, mais semble aussi les considérer parfois comme ses choses… C’est trop pour la jeune femme, qui décide en pleine nuit de s’enfuir avec son fils et quelques affaires. Destination : Berlin, où vit sa propre famille. Lorsque Umay et Cem débarquent sans prévenir au domicile de la famille Aslan, l’accueil est joyeux, enthousiaste. Les parents, frères et soeur de la jeune femme sont heureux de l’accueillir avec son fils, mais s’inquiètent de ne pas voir Kemal. Au bout de quelques jours, lorsqu’Umay finit par « avouer » à sa famille qu’elle a quitté son mari, et père de son enfant, pour venir refaire sa vie en Allemagne auprès des siens, sans même le prévenir, c’est le drame. L’honneur de la famille est en jeu, ce qu’elle est en train de faire est contraire aux coutumes et principes de la communauté. Elle doit retourner en Turquie. Si sa mère, sa sœur et son jeune frère semblent plus enclins à la comprendre, en revanche du côté de son père et surtout de son frère aîné, le clash est inévitable, il n’est pas possible de négocier. Umay et Cem se retrouvent donc une nouvelle fois en fuite. Elle va heureusement trouver un travail, un foyer d’hébergement, et compter sur le soutien d’une collègue et amie, et rencontrer Stipe, jeune collègue allemand qui semble être tombé sous son charme. Comment Umay et Cem, qui ont quitté la Turquie en victimes, et se retrouvent obligés de fuire une famille plus attachée à des principes qu’au bien être de leurs fille et petit-fils, vont-ils s’en sortir ? Car bien entendu, Kader – le père – et Mehmet – le frère aîné – sont bien décidés à sauver l’honneur de la famille Aslan en remettant leur paria de fille dans le droit chemin, c’est à dire en la rendant elle et son fils Cem à Kemal, qui est censé avoir tous les droits sur eux. Va-t-on finir par savoir et comprendre ce qui s’est passé lors de la toute première scène du film ?

Entre Kader (Settar Tanrıöğen) et sa fille Umay (Sibel Kekilli) il y a assurément de l'amour... mais aussi beaucoup d'incompréhension, qui va engendrer un clash inévitable

Entre Kader (Settar Tanrıöğen) et sa fille Umay (Sibel Kekilli) il y a assurément de l'amour... mais aussi beaucoup d'incompréhension, qui va engendrer un clash inévitable

Il y a des films, parfois, qui nous clouent au siège. Des films qui nous bouleversent, et dont le générique de fin n’est jamais assez long pour que l’on se remette de nos émotions. Des films à la fin desquels on entend par ci par là des reniflements, ou l’on croise des yeux rougis par l’émotion. « L’étrangère » en fait incontestablement partie. Feo Aladag, pour sa première réalisation, a su mettre en scène des acteurs pour la plupart inconnus du grand public (sauf en Allemagne, notamment pour l’actrice principale Sibel Kekilli, déjà récompensée par le passé) voire débutants (la plupart des membres de la famille Aslan), pour traiter d’un sujet grave et de société. Si forcément au fil de l’histoire on va prendre parti pour la jeune femme et son petit garçon, on découvre aussi ce qui pousse les membres de sa famille à agir de la sorte – c’est à dire préférer, au nom de principes, de traditions, que leur fille soit malheureuse avec un homme violent, plutôt qu’heureuse et en bonne santé, auprès d’eux, mais en allant contre la morale de leur communauté. La réalisatrice traite ce sujet avec pudeur, réalisme (l’un n’empêchant pas l’autre) et sans préjugés sur les différents protagonistes. « L’étrangère » est un film dur, superbement interprété (en turc la plupart du temps), qui nous touche petit à petit, jusqu’à la scène finale, qui jette sur nous une chape de plomb. Un véritable chef d’œuvre, qui aurait mérité un meilleur succès en salles.

Ma note : 5/5

Stipe (Florian Lukas) va tomber sous le charme d'Umay (Sibel Kekilli)

Stipe (Florian Lukas) va tomber sous le charme d'Umay (Sibel Kekilli)

Photos film : www.allocine.fr (Fiche du film ici)

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2 réflexions au sujet de « L’étrangère »

  1. Contente de savoir que quelqu’un d’autre a autant aimé le film que moi! Mais je suis déçue qu’il n’ait pas eu plus de publicité!
    C’est un très beau film, une belle histoire avec une très bonne interprétation des acteurs et malheureusement peu de gens ont vu le film. Ou alors ils l’ont vu mais ne se sont pas exprimés.
    je crois que de l’année 2011 c’est le meilleur film que j’ai vu! C’est pas pour rien qu’il est devenu mon coup de coeur 🙂

  2. Je pense que malheureusement c’était plus un film « Art et essai » que grand public, d’où la faible distribution… Dommage car avec le bouche à oreille il aurait pu faire beaucoup d’entrées je pense ! Je suis surtout déçu (après coup) d’avoir manqué l’avant-première aux Halles en présence de Feo Aladag… Ça devait être sympa et intéressant !

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